Deux ans et demi après les faits, le compliment prend tout son sens. Alors qu’ils avouent une moyenne d’âge d’à peine 22 ans, les sept de la Fonky sortent aujourd’hui, chez S.M.A.L.L./Côté Obscur, un premier album appelé à faire date. “Si Dieu veut” a été enregistré l’été dernier entre Marseille et le studio Miraval, dans le Var.
Derrière les manettes, on trouvait Mario Rodriguez, un ingénieur du son US qui a travaillé avec Mobb Deep, Mary J. Blige, LL Cool J et Notorious Big. Un Américain immédiatement en phase avec ce groupe qu’il ne connaissait pas avant de débarquer en Provence : “Je les trouve vraiment magiques. Ils savent exactement ce qu’ils veulent. Ils bossent avec énormément de sérieux. Rien à voir avec les jeunes rappers de New York qui passent leur temps à rater la chance qu’on leur offre…”.

Sa chance, la Fonky ne l’a pas laissée passer. Les treize morceaux et les sept interludes de cet album en témoignent : les voix des quatre rappers, Le Rat Luciano, Don Choa, Sat et Menzo, voltigent dans l’urgence. Dans le hip hop français, personne n’avait jamais atteint une telle cohésion verbale. Des mots simples et directs, souvent drôles, pour évoquer des sujets vitaux mais aussi pour parler d’argent, de boisson, de fumée et de femmes… Il y a également les scratches décisifs de DJ Djel, qui déchirent le moindre espace libre, et les sons de Pone, fondations sur lesquelles s’expriment la furie de tous les autres, Blaze, le danseur, compris. “J’avais composé une centaine de musiques, raconte Pone, le plus âgé de la bande. Comme ça, les autres membres du groupe ont eu le choix. Le seul problème qu’on a eu, c’était la durée des morceaux : étant trop longs, on a été obligés d’en retirer”.

Ce qui n’a pas empêché de laisser un peu de place à quelques invités : “Sur ce disque, on retrouve tous les gens qu’on a rencontrés sur nos différentes scènes : on a Kertra d’Expression Direkt et les X-Men, de Paris; Kadaz Mozar de la Mixture, de Strasbourg. De Marseille : Akhenaton, Troisième ?il et Fresh du Venin. Il y a aussi Bruizza, le mec du Queens qui rappait sur la version sauvage des “Bad Boys de Marseille”, membre de 361 Degrés avec IAM…”.

Car entre le concert pour Ibrahim Ali et la sortie de son premier album, la Fonky Family a croisé beaucoup de gens et fait beaucoup de choses. Bien sûr, il y a l’aventure de “Métèque et Mat”, l’opus solo d’Akhenaton enregistré à Naples, avec ce “Bad Boys de Marseille” qui allait se vendre à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Une occasion pour la FF d’emmagasiner en quelques mois une expérience que plusieurs années de galères ne lui auraient pas donnée : “Sans prendre la grosse tête, convient Pone, le fait de se retrouver sur l’album de Chill, puis sur le maxi, nous a prouvé qu’on pouvait arriver à quelque chose… Ça a été un vrai déclic”.
Mais il y a aussi des dizaines de concerts, notamment aux Francofolies de La Rochelle, au festival Logique Hip Hop, pour le Hip Hop Box; il y a un maxi underground sous la bannière du Squad, chez Kif-kif productions; il y a la participation du Rat Luciano au “Rien à perdre” d’Akhenaton, en face b de “J’ai pas de face”.
Autant d’étapes que la Fonky a franchies avec lucidité et humilité. Car pour ces enfants de Marseille, poussés dans la chaleur des quartiers du Panier, de Belsunce ou du Parc Bellevue, la chance n’est pas une philosophie qu’on attend comme un bus de nuit. Elle est simplement la réponse logique aux longues heures de travail, à une formidable envie d’apprendre, à une amitié qui a su résister aux doutes et aux tentations. Elle est une force de vie qui se construit chaque jour, à chaque rencontre. Pour peu, bien sûr, que la force soit avec eux. Inch Allah.

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